Le froid met à l'épreuve l'expérience de réseau électrique intelligent en cours à Lambesc.
Avec ce froid polaire, les ingénieurs de l'Institut européen de recherche sur l'énergie (Eifer) qu'EDF partage avec l'université de Karlsruhe ne pouvaient espérer meilleur test pour le « smart grid » expérimental installé à Lambesc, dans les Bouches-du-Rhône. Ce réseau électrique sophistiqué, qui intéresse tous les fournisseurs d'énergie dans le monde, ambitionne d'ajuster très précisément l'offre et la demande en électricité, notamment pour absorber les pics de consommation pendant les vagues de grand froid.
Baptisé « Premio », ce démonstrateur préfigure les futurs systèmes électriques intelligents : la centrale ne se contente pas de délivrer de l'énergie selon un programme préétabli, mais pilote à distance des installations de production, de stockage et d'effacement de charge. « Cette gestion permet par exemple de diminuer la consommation de chauffage ou l'intensité de l'éclairage public en tenant compte des besoins exprimés par le consommateur : la température minimale qu'il souhaite dans son habitat, les plages horaires où il souhaite une pleine puissance ou ses besoins sanitaires en eau chaude » , explique Carolina Tranchita, chef de projet chez EDF R & D.
Une trentaine de foyers, quelques entreprises et plusieurs bâtiments publics sensibles dont une maison de retraite, des écoles et le réseau d'éclairage d'un lotissement participent à l'expérience, dotée d'un budget de 5 millions d'euros. Plusieurs entreprises y collaborent sous la conduite du pôle de compétitivité Capénergies : outre EDF, Watteco, Giordano Industries, Cristopia ou SAED.
Depuis un an, la centrale test a simulé ou déclenché réellement 140 alertes représentant plus de 400 heures de périodes contraintes. Pour les partenaires du projet, les enseignements sont précieux. La jeune société Watteco teste par exemple deux dispositifs : le premier, installé sur les tableaux électriques, permet le délestage intelligent des convecteurs ; l'autre est un lampadaire doté de LED qui peuvent être plus ou moins activées en fonction de la disponibilité d'énergie. Giordano, une autre entreprise de la région, teste un système de production d'eau chaude sanitaire à partir de capteurs capables de récupérer l'énergie de l'air ambiant en jouant sur les échanges thermiques.
Ce sont les écoles qui ont offert le meilleur résultat d'effacement, sans conséquence sensible sur le confort. « La baisse des températures a été inférieure à 0,5 °C » , témoigne Rémi Ferrand, responsable de Premio à la mairie de Lambesc. Une fois opérationnel, le système pourrait théoriquement générer jusqu'à 20 % d'économie pendant les périodes de pointe.